«Yves Chemla a choisi de traiter la question
de l'autre dans la littérature haïtienne : son travail
est d'autant plus exemplaire qu'il nous
ouvre le terrain pour toutes les autres littératures.
Cette question de l'autre, philosophique,
morale, nous savions bien qu'elle concernait
aussi la littérature : il nous en donne une magistrale
et dérangeante démonstration. Le parallèle
qu'il dresse ici entre les pratiques coloniales et
le génocide est éclairant : l'autre n'est autre que
dans le maintien irréductible de sa position d'altérité
; le comprendre, c'est toujours risquer de
le réduire ; le concevoir, de le saisir dans une
généralité, certes rationnelle, mais tellement
empreinte d'occidentalité que c'en est à se
demander si d'autre regard est encore possible.
Comment penser l'autre sans s'y réduire, sans le réduire ? Comment se penser
sans immédiatement le faire sous le regard de l'autre, dans sa langue, dans
sa logique de domination ? Mais en même temps comment l'autre peut-il être
et affirmer son identité quand tout, de son passé et de son humanité, semble
devoir être gommé par l'aliénation et le discours du maître ?»
Pierre-Michel Simonin, philosophe