Tablier brodé et bonnet blanc, la lavandière d'autrefois lessivait, brossait tout, chassait la crasse avec ardeur. Son franc parler allait bon train sous les préaux retentissants. Les secrets des uns, les critiques des autres, à voix couverte ou triomphante, les revendications étaient autant de coups de battoir contre le sort des femmes.
Lavoirs-tribunes de celles qui n'avaient pas le droit de vote, lavoirs-échanges de bons remèdes, lavoirs hiérarchisés des villes ou isolés des prés bas, fonts modestes, fontaines miraculeuses, cuves, étangs, bateaux avec poulies et planchers-levis, maisonnettes à potagers, chevalets d'égouttage, garde-genoux, brouettes grinçantes résonnent dans ce livre en compagnie des témoignages vécus, de tous les objets perdus d'une époque où le linge ravaudé durait le temps d'une vie.
Le linge de ce temps-là parlait. On l'examinait sans vergogne. Il disait la richesse des trousseaux ; il étalait les secrets du ménage. Au lavoir, les langues allaient, pêchaient ou quêtaient des nouvelles, disaient du mal des voisines. En cela le lavoir appartient à la mémoire populaire, la vraie.