1939, en réponse aux protestations qui s'élèvent du monde entier,
mais surtout pour des raisons de propagande extérieure, Adolf
Hitler autorise les Juifs qui le souhaitent à quitter l'Allemagne.
13 mai 1939. A Hambourg, le SS Saint-Louis, paquebot battant
pavillon nazi, largue les amarres. A son bord, 937 passagers, dont
550 femmes et enfants. Tous sont des Juifs allemands. Tous sont
munis de visas. Destination : La Havane. C'est à Cuba que les
exilés espèrent séjourner, en attendant que leur soit accordé le droit
d'entrée aux Etats-Unis.
Le 23 mai, alors que le bateau est à la veille de pénétrer dans les
eaux territoriales cubaines, Gustav Schröder, capitaine du Saint-Louis,
reçoit un câble expédié par le gouvernement de La Havane :
Puis l'ordre lui est transmis de faire demi-tour et de ramener sa
«cargaison» à Hambourg.
Schröder sait le destin tragique qui attend ses passagers s'ils rentrent
en Allemagne. Il décide de passer outre et prend contact avec
les gouvernements du monde dit libre en leur demandant d'accueillir
ses passagers. Toutes les nations d'Amérique latine refusent. A
Berlin, Goebbels exulte : Personne n'en veut !
C'est ainsi que commence l'effroyable errance du Saint-Louis.
S'appuyant aussi bien sur des documents d'archives que sur les
confidences des survivants, Gilbert Sinoué retrace ici une épopée
dont on pourrait se dire qu'elle n'a pu exister tant elle semble
inconcevable.