Avec ce volume consacré à l'homosexualité masculine au Moyen
Âge, Didier Godard poursuit son projet d'écrire une Histoire des
sodomites de l'avènement du christianisme à la Révolution française.
Le grand public, dans l'idée qu'il se fait du Moyen Âge, n'est pas préparé à
accorder une place importante à l'homosexualité masculine à cette époque.
La volonté des théologiens médiévaux de faire silence sur la question a été
efficacement relayée par les pudeurs des historiens.
Pourtant ce n'est pas un hasard si le sceau de l'ordre du Temple représentait
deux templiers sur le même cheval. Il constitue une bonne illustration de la
place que tenait l'amour entre hommes dans la société chevaleresque et
féodale. Tout au long de cette étude très riche, le lecteur rencontrera aussi bien
des héros de sagas nordiques que des poètes andalous, des hérétiques que
des papes, des esclaves que de puissants monarques, dans un contexte où
l'état des moeurs et des mentalités limitait fortement l'efficacité des interdits
prononcés par l'Église.
Écrire l'Histoire, et en particulier cette histoire, c'est s'impliquer d'autant plus
dans les enjeux de son temps que l'on paraît s'en éloigner davantage. Évoquer
les unions médiévales entre personnes de même sexe, c'est éclairer nos débats
sur le PACS et le mariage gay, en montrant qu'ils ne sont pas aussi nouveaux
que nous le croyons, qu'ils répondent à un besoin permanent des sociétés
humaines. Retracer la naissance conjointe de l'homophobie et de l'antisémitisme,
la persécution médiévale des sodomites, des hérétiques, des sorcières,
c'est enrichir la réflexion, plus que jamais nécessaire à notre époque, sur la
liberté, la tolérance, l'acceptation de l'autre et la capacité des hommes à vivre
ensemble, par-delà leurs différences.