En nous servant d'une icône biblique (Gn 26, 17-33), nous pouvons
dire que nous, les carmes et les membres de la Famille du Carmel, nous
devons apprendre à être héritiers de l'art de creuser des puits, en
l'exerçant avec constance, en nous déplaçant toujours plus vers la
frontière, là peut-être où personne ne croit pouvoir trouver ni eau ni vie.
Dans la Règle du Carmel, nous nous trouvons en présence d'une
christologie qui nous fait devenir disciples, mais qui est aussi vie dans
le Christ, écoute attentive et priante de la Parole et célébration du
Mystère du salut, lecture dans la foi des méditations comme traces du
Christ et attente du retour du Seigneur. C'est la Parole de Dieu qui
justifie la solitude et la valorise. La Parole n'est pas une des nombreuses
manières d'occuper l'esprit et le temps dans la solitude ; la Parole ne
supporte pas d'être un objet parmi tant d'autres.
L'oraison à laquelle le carme doit se consacrer est décrite dans la
Règle comme un «veiller dans la prière», comme une réponse
existentielle à la Parole méditée et assimilée. Prier, c'est alors passer
dans le secret du coeur de Dieu que la Parole révèle et communique ;
c'est s'avancer vers Quelqu'un qui habite la Parole, qui est la Parole
vivante. Le résultat authentique, toujours selon la Règle, c'est une
existence dans laquelle la Parole brille comme en transparence, une
existence transfigurée par la Parole. Alors sera vraiment réalisé ce que
la Règle donne comme idéal.