«C'est probablement parce qu'elle a écrit ses souvenirs
à l'intention de ses enfants et petits-enfants, alors que
son frère Charles s'éteignait, loin des lumières, que
Marie-Agnès Cailliau de Gaulle, soeur aînée du
Général, a pu garder un ton d'une si noble discrétion.
«Ce qui touche surtout dans ce récit pudiquement
distancié de la "Grande Histoire" où son nom résonne
si fort, c'est le naturel, la modestie de la conteuse : une
famille française assume son rôle dans la tempête. Mais
si pudique qu'il soit, ce récit - en quelque sorte marginal
- ne saurait s'interdire ni les rappels d'une histoire familiale
que nombre d'historiens ont déjà relatée - avec moins
de sûreté - ni les souvenirs relatifs à cet illustre cadet
dont elle a pu deviner, avant tous peut-être, confidente
souvent rieuse, la nature indomptable, volcanique.
«Nous voilà désormais en possession, non seulement
du témoignage le plus autorisé d'un "de Gaulle vu par
les siens", mais d'un beau portrait, en sépia, d'un certain
groupe familial et d'un certain milieu, d'une certaine
façon de vivre ensemble une épreuve dans la France du
20ème siècle.»
Jean Lacouture