La décennie 90 a connu une véritable euphorie décentralisatrice.
Aujourd'hui, la décentralisation se présente comme le résultat d'une
volonté des acteurs africains de refonder le système de gouvernance sur
une légitimation de l'État à partir de la base. Si c'est bien sous la double
pression des acteurs internes et de ses partenaires extérieurs que l'État
africain s'est résolu à se décentraliser, il apparaît que ce dernier a d'une
certaine façon instrumentalisé la réforme pour sauvegarder ses privilèges.
La nouvelle décentralisation est-elle pour autant condamnée
comme ses devancières ? La réponse est négative, et pour cause !
La décentralisation nourrit à tous les niveaux des ambitions sociopolitiques
qui, à leur tour, travaillent à sa pérennité. Il existe aujourd'hui
une classe de rentiers de la décentralisation dont la survie est liée à la
poursuite du processus. Là se trouve le fondement de l'espoir.
Au-delà de sa dimension «Traité de Droit de la décentralisation et
des collectivités traditionnelles», cet ouvrage retrace l'histoire récente
des mouvements de démocratisation en Afrique et indique la place que
la décentralisation y a occupée. L'approche transversale montre, d'un
côté, un recoupement quasi permanent entre les différentes législations
nationales, alors même que la démarche pour y parvenir a substantiellement
varié selon les pays ; et de l'autre, l'étalage d'une incroyable indigence
de l'épistémologie endogène en matière d'ingénierie institutionnelle.
La tendance à reproduction du système français témoigne de la
défaillance de l'inventivité juridique. C'est toute la doctrine et l'expertise
africaines qui sont interpellées.