Ce livre propose une analyse réflexive de l'enquête ethnologique de terrain
en ayant comme fil directeur l'étude des hiérarchies sociales. Il s'interroge
sur la place de l'ethnologue aux prises avec les classifications sociales
et les enjeux de pouvoirs.
La «question hiérarchique» s'avère particulièrement propice à la
réflexivité tant elle se pose à toutes les étapes de l'enquête : de l'arrivée sur
le lieu de recherche, où l'ethnologue se voit assigner un «statut» et doit
négocier sa place, jusqu'au retour de l'information, qui soulève la question
des usages sociaux des savoirs, en passant par le recueil des données et le
travail d'écriture, lesquels doivent prendre en compte la pluralité des positions
défendues.
C'est en partant de la confrontation de douze situations d'enquêtes effectuées
dans différentes parties du monde (Afrique, Amérique latine, Polynésie,
Inde, France) que cet ouvrage rend compte des conditions de réalisation
du travail de terrain. L'examen réflexif permet ainsi de souligner l'historicité
de la recherche et de s'interroger sur la dimension intersubjective de
l'enquête ethnologique. Il conduit par ailleurs à s'intéresser aux changements
survenus sur les terrains d'étude (notamment l'émergence de nouveaux
acteurs) et à ouvrir des pistes de recherche pour l'analyse des hiérarchies
sociales.
Loin de succomber à la tentation narcissique ou de verser dans les excès
du «déconstructionnisme» postmoderne, ce livre s'attache à démontrer
comment l'analyse réflexive, tout en étant une procédure d'objectivation de
la recherche, est une condition de production de connaissances.