Parmi les cas de conflits armés et, plus largement, les situations
politiques sud-américaines, le «cas colombien» révèle une
complexité singulière, caractérisée par la durée et l'intensité de
sa violence. La Colombie connaît en effet une prolifération de
formes chroniques d'affrontements armés. L'impunité, l'exclusion
sociale et la corruption sont les causes de cette dynamique destructive.
Le conflit armé colombien commence entre la fin des années
quarante et la décennie des années cinquante du XXe siècle.
Cette période a engendré un glissement progressif vers la violence
politique et sociale. A la tendance au discrédit de l'adversaire
ou de l'opposant politique par la voie de la parole, a succédé
son élimination physique, à un niveau massif, par la voie
des armes. Le conflit pour la propriété de la terre a créé des milliers
de déplacés parmi les petits cultivateurs, spécialement dans
les zones de production du café ou celles des mégaprojets des
exploitations pétrolières.
Aujourd'hui, cette violence croissante est dirigée contre les secteurs
civils de la société considérés comme attachés aux parties
en conflit. L'appareil d'État et les groupes paramilitaires, d'un
côté, et les groupes de guérilla, de l'autre, exercent leur action
pour prendre le contrôle de vastes étendues de territoire. L'idéologie
de l'intolérance s'est incarnée dans des pouvoirs étatiques
et économiques, essentiellement conservateurs, qui considèrent
les secteurs dissidents comme des «ennemis internes» en puissance.
A travers le récit-témoignage de Maribel Wolf, directrice internationale
de l'ONG Terre des hommes France, cet ouvrage montre,
dans une première partie, comment les Colombiens vivent la violence
au quotidien, mais comment aussi ils restent debout et gardent
l'espérance d'une issue à la crise du pays. Dans une seconde
partie, des experts colombiens nous présentent une analyse des
principaux problèmes de la Colombie contemporaine. Cela donne
un ouvrage riche et bien documenté, utile pour comprendre ce
pays d'Amérique du Sud.