Pour la première fois, un ouvrage collectif destiné à un public
francophone examine la question méconnue des «États fragiles»
qui, tout en s'imposant dans les relations internationales, reste souvent
confondue avec les concepts plus datés «d'État effondré» ou
«d'État failli».
La fin de la guerre froide s'est accompagnée d'un nouveau désordre
international. Le concept «d'État fragile», malgré son flou et ses
limites, permet d'explorer des pistes nouvelles sur le rôle-clé de
l'État dans ses fonctions régulatrices et stabilisatrices, réhabilitées
après deux décennies de dérégulation politique et économique.
Derrière les appareils étatiques se cachent aussi des sociétés fragiles,
incapables de faire face aux défis de la globalisation et qui souffrent
de la diffusion des «maux publics mondiaux» (trafics d'armes, de
drogue, de matières premières...). La solidarité internationale prend
alors un sens nouveau, dépassant ses missions classiques de
développement économique ou de lutte contre la pauvreté.
Ce livre pluridisciplinaire rassemble des contributeurs venus
d'horizons très divers, soulignant la complexité de ce nouveau
champ de la réflexion et de l'action internationales, au croisement
de l'après 11 septembre et d'évolutions théoriques fondamentales
sur les liens entre «sécurité» et développement. Elle illustre aussi
l'intensité du débat international qui ne peut être laissé au monopole
de la pensée des seules universités et «think tanks» anglosaxons,
aussi riche soit leur contribution.
Cet ouvrage n'est donc pas une nouvelle tentative pour définir
des méthodes qui permettraient de réorganiser les États selon des
modèles standards, imposés de l'extérieur. L'échec de l'Irak, comme
les difficultés rencontrées en Afghanistan ou en République démocratique
du Congo, sont là pour montrer les limites de cette
approche. Il insiste au contraire sur la diversité des solutions et la
nécessité de s'appuyer sur les ressources des acteurs locaux pour les
aider à construire leurs propres modèles de gouvernance. Son objet
principal est bien de favoriser le passage de la recherche à l'action,
dans l'intérêt commun des populations et des administrations des
pays partenaires comme des praticiens du développement.