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Bois d'oignon

Albert Matthis
  • 23/02/2006
  • Arfuyen
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Couverture de Bois d'oignon par Albert Matthis

Résumé

«Dites-moi, monsieur l'ébéniste, ces objets rustiques sont de quel bois?» L'ébéniste sourit sans un mot, puis: «Des fois, je ne le sais pas moi-même, c'est simplement comme... du bois d'oignon.» Cette historiette racontée par Gaston Jung explique le titre étrange, Bois d'oignon (Ziwwelbaamholz), que les Matthis donnèrent à leur premier recueil. Car leur langue n'est ni le français ni l'allemand, mais le dialecte, une langue indéfinissable: «Bois d'oignon»! Pour ces deux poètes vivant en une terre annexée, il y a là un acte de résistance culturelle des plus courageux, qui leur vaut l'hostilité des partisans du Reich.%br%

D'une farouche et malicieuse indépendance, ils se soucient peu de leur jugement: «Il y a chez les frères Matthis, souligne leur biographe, un curieux mélange de simplicité et de fierté. Ils n'ont jamais recherché les honneurs. La gloire est venue d'elle-même, un jour. Elle est venue de la sincérité de leur effort poétique, et cet effort a été pour eux un besoin. La poésie fut le côté lumineux de leur existence modeste.» Leur silhouette est restée légendaire à Strasbourg: «Vieux garçons, écrit-il encore, quelque peu originaux dans leur comportement, inséparables tant qu'Albert vivait, semblables sans être absolument ressemblants, de taille plutôt au-dessus de la moyenne, vêtus tous deux de même façon, l'oeil brillant ou rêveur sous leurs grands feutres noirs à larges bords; d'un abord craintif et facilement effarouché comme pour s'abriter contre la raillerie toujours aisée. Ajoutons qu'ils étaient affables, délicats, d'une politesse exquise, et généreux quand ils se sentaient compris et qu'ils savaient sincère l'intérêt qu'on leur témoignait.»%br%

Le 17 juin 1930 Albert meurt d'une longue maladie, laissant à son frère jumeau cette seule recommandation: «Ne dérange pas les amis. Tu m'accompagneras seul au cimetière de Saint-Gall où je t'attendrai.» Lors de la Deuxième Guerre mondiale, revenu dans sa ville à nouveau occupée, Adolphe met un point d'honneur à continuer d'y vivre comme auparavant: «Il faut rester ici, déclare-t-il à l'un de ses amis, nous n'avons pas le droit de laisser l'Alsace seule.» Il meurt le 25 mars 1944, huit mois avant l'arrivée des blindés du général Leclerc, et est enterré auprès de son frère au cimetière de Saint-Gall.%br%

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