Après la puissante poussée théorique des
années 1960-1980, celle qu'on a saluée du
dehors comme la French theory, à quel
repli assistons-nous aujourd'hui ? Devant quelles
voies de recherche reculons-nous ? Bref, quelles
questions n'osons-nous plus affronter ? Qui
donc en est soulagé ?
La critique indigente mais ramifiée qu'a rencontrée
récemment le travail entrepris par François
Jullien ouvrant un vaste chantier à partir des
pensées de la Chine et de l'Europe en est à sa
façon un symptôme.
Car construire dans la pensée, quand c'est l'extériorité
de la Chine qu'on aborde, oblige à délaisser
la comparaison facile où l'étranger est rangé
dans des catégories dressées d'avance, et même
qu'on ne soupçonne pas. Voilà qui contraint
inéluctablement à dé- et re-catégoriser ; appelle
à dresser des figures d'altérité qu'on n'aura
garde d'enfermer dans un binarisme simple mais
qui éclairent aussi en retour notre inconscient
théorique ; force donc à revenir sur l'impensé
auquel notre pensée reste adossée.
L'enjeu de ce grand déplacement et dépliement
via la Chine n'est pas moins que d'explorer de
nouvelles configurations du pensable.
Qui donc a peur de François Jullien ?