"Je ne sors pas le visage nu. Quelques intimes, sans doute,
ont aperçu le grain de ma peau. Les hommes jamais.
C'est comme une mise au monde. Avant la séance, c'est
l'informe, et je fulmine. D'abord, la crème hydratante.
L'anti-cerne sur les aspérités. De la poudre jusqu'au cou.
Le fard à paupière nacre l'arrondi du sourcil. Plus vives,
les joues et les lèvres. Les yeux se signalent d'un trait sombre.
Toute la surface du visage y passe, il faut une rose épaisseur.
J'obstrue les pores de ma peau avec du maquillage bon marché,
et porte au petit matin ce masque opiniâtre.
Autour, des cheveux coupés au carré, dûment teints, qui
hésitent entre le jaune et le blanc. Parfois j'aimerais qu'au
travers de ce duvet translucide, on puisse deviner le crâne
tendre et pâle de l'enfant blonde que j'ai été."