Quel honneur pour un homme que de régner sur un Empire où vivaient
quelque quatre-vingts millions d'habitants et qui s'étendait sur tout le bassin
méditerranéen, de l'Écosse jusqu'à l'Euphrate, des rives du Rhin jusqu'aux
sables du désert nord-africain. C'était alors l'Empire romain qui, de 27 av.
J.-C. à 476 de notre ère, a apporté aux populations ses lois, son administration,
sa culture et, pendant au moins trois siècles, a installé la Pax Romana sur
l'ensemble de son territoire.
Combien furent-ils à avoir eu cet honneur ? On compte quatre-vingt-huit
empereurs officiels ou quasi-officiels, sans compter les usurpateurs. Or,
comment accédaient-ils à cet honneur ? En droit, ils étaient nommés «par
le Sénat et le peuple romain» (Senatus Populusque Romanus), en fait, si, au
début de l'Empire, la fonction fut transmise par succession familiale ou par
l'adoption de son successeur par le titulaire, rapidement l'armée se chargea de
désigner celui qu'elle voulait comme empereur. Dès la seconde moitié du 1er
siècle, l'armée devint toute puissante dans le choix de l'empereur. C'était elle,
quel qu'ait été le lieu où elle se trouvait, à Rome ou aux frontières, qui «faisait
et défaisait» l'empereur. Et pendant cinq siècles, des hommes briguèrent ce
titre pour terminer assassinés, souvent par ceux-là même qui les avaient élus.
Combien moururent de mort naturelle ? Bien peu, à peine une vingtaine.
Les autres connurent une fin tragique.
«Au-dessus de la tête du souverain pendent des épées attachées à un
cheveu : de toutes parts des lances, de toutes parts des flèches. On craint ses
propres gardes du corps, on se méfie même de son entourage. On ne peut
ni manger pour son plaisir, ni voyager de son plein gré, ni faire la guerre à sa
volonté, ni manier les armes à sa convenance».
Ce livre narre avec une grande rigueur historique les complots et assassinats
ourdis contre des empereurs dont beaucoup, il faut l'admettre, tombèrent
dans des excès de corruptions, de délires et de cruautés qui précipitèrent leur
chute.