«Longtemps, par la pensée, je suis revenu à Kérel ; je m'y
heurtais comme une mouche à une vitre. C'est à la fin des
années soixante-dix, après la mort de mon père, que la maison
que nous y possédions avait été vendue. Vingt ans passèrent
avant que l'occasion me soit donnée de fouler à nouveau
le sol de l'île. Assez vite l'idée s'était imposée à moi que
j'étais fidèle à un voeu - voeu auquel la construction du pont
au milieu des années quatre-vingt vint donner une signification
qui pouvait apparaître comme définitive. Mais je n'avais
jamais cessé d'être préoccupé de Kérel, comme on peut
l'être d'une personne très proche à qui vous oppose un différend
sans issue.»
Bout de terre atlantique réinventée, inspirée de l'enfance,
située quelque part entre les estuaires de la Loire et de la
Gironde, l'île de Kérel est précieuse pour ceux qui en ont
foulé le sable, respiré les odeurs, absorbé les lumières quand
ils étaient enfants. À moins d'un an de l'inauguration du pont
qui la reliera au continent, un fonctionnaire est missionné afin
d'inventorier les paysages, de dresser l'état des lieux et des
décors. Par touches successives se dessinent Sur le motif un
homme et un horizon. Indissociables.