Dans les Palais de Marrakech et de Telouet règne un seigneur despotique. Ayant fait appel à un mage pour conjurer le sort, il retient son fils Moulay Hadi près de lui, mi-invité, mi-otage. A la cour du Pacha, des êtres effacés devant la toute puissance du maître vivent au rythme de coutumes ancestrales. Les sentiments doivent épouser les conventions établies, jusqu'au jour où, cédant au tumulte de l'âme et aux sollicitations de la raison, certains s'affranchiront de cette servitude au prix de terribles déchirures. Dans ce monde figé dans le temps, passent des ombres de femmes: la servante de couleur Yakout qu'un mariage flatteur avec Moulay Hadi n'arrache pas totalement à sa condition ancillaire, Fatima Zohra, la seconde épouse ainsi que la jeune Khadija qui refuse l'omnipuissance de l'homme, héritée du temps où la force brute régentait les rapports humains... Les trois fils des deux épouses s'opposeront: le fourbe servira le pouvoir, l'incompris périra lors d'une guerre lointaine qui n'intéressait que la puissance coloniale, l'illuminé s'investira dans la lutte de son peuple pour la liberté.
Dans ce roman de caractère, empreint de sensibilité, l'auteur évoque le Maroc de naguère, tout imprégné de charme, de mystère et parfois de douloureux secrets. Beaucoup de fils de l'étoffe précieuse qu'a tissée Ali Mournir Alaoui rappellent les errances humaines et la condition de la femme marocaine, hypothéquée à l'époque par le lourd héritage de la féodalité. Avec tact et mesure, il délivre un message d'humanisme, condamnant des traditions puériles et néfastes que certains assimilaient faussement à la loi et à la religion. Le cri de révolte de Khadija jaillit des siècles passés comme une source pure longtemps contenue: «Comment accepter cela, alors que pour se défendre contre le viol une chienne peut mordre, une mule peut ruer, une colombe peut prendre son envol...?»