Cet ouvrage envisage le rapport des écrivains et des artistes à un enfermement
subi ou désiré ; il interroge leurs oeuvres situées aux limites expérimentales de
la vie, entre contraintes et inventions.
D'abord, les espaces de vie envisagés correspondent à une spirale d'engloutissement,
éprouvée dans l'état de dénuement humain et de dépendance absolue
à une oppression : hôpital psychiatrique (Janet Frame), camp d'internement
(Wols), camp de la mort (Jean Cayrol, Charlotte Delbo, Primo Levi, ...), ou blocus
d'un pays (la revue britannique New Writing)
Or la caserne pour Céline, la maison de redressement pour Jean Genet, l'asile
pour André Baillon, Alexandre Vialatte et Léon Schwarz-Abrys ne sont pas que
des cellules : matrices fictionnelles, elles prolifèrent en se substituant à la vie,
garantes pour Marguerite Duras de sa survie.
Plus encore, il y a les «détenus délibérés», tels Balzac dans son grenier-atelier,
Proust dans sa chambre à coucher, Margaret Atwood qui fantasme
l'enfermement et l'artiste contemporain Arnaud Cohen qui en réalise la géoperformance.
Une claustration aussi consensuelle peut être appréhendée dans ses formes les
moins manifestes, comme les cours nobiliaires pour les musiciens des Lumières
(Bach, Haydn, Mozart), les îles Caraïbes pour le dramaturge contemporain José
Pliya ou l'actuelle société irlandaise pour Deirdre Madden. L'enfermement
signale alors un espace ouvert dans lequel la libre circulation est démentie par
ceux dont l'art consiste à déjouer les invisibles carcans, étendus aujourd'hui au
monde globalisé (Don DeLillo, Peter Weir, Manu Luksch, Yôji Sakate, Maryse
Condé, Raymond Depardon, Carlos Liscano, Gilad Evron...).
Ce cheminement en quatre temps n'est pas progressif, il témoigne surtout
des degrés de perception des frontières et de l'intériorisation des contraintes
auxquelles l'art a toujours opposé son espace de jeu libératoire, une forme de
résistance trop méconnue encore.