Le 1er janvier 1927, Marcel Mathiot, un jeune homme de 16 ans, ouvre un
carnet à couverture de moleskine rouge. C'est le début d'une entreprise qui
durera soixante-dix-sept ans, jusqu'à sa mort en 2004, et dont le principe est
immuable : il écrit une page par jour, accompagnée d'une date et d'un titre.
Marcel Mathiot brasse tous les thèmes de sa vie : l'enfance insouciante, la
guerre de 14, le métier d'instituteur fidèle aux principes de Jules Ferry, le Front
populaire, l'Occupation, les mensonges de l'histoire et l'amour sous tous ses
visages. Lecteur infatigable, il nourrit ses pages d'Épicure, de Montaigne, de
Voltaire, de Romain Rolland, d'Apollinaire et des chanteurs poètes...
Le 23 janvier 2000, après soixante-huit ans de vie commune, Marcel perd sa
femme. Ses carnets lèvent alors le voile sur ses nombreuses et durables liaisons.
On découvre un mari plutôt lâche, mais un amant fidèle et sans reproche.
Toutes accourent après le décès de son épouse : Hélène, Mado, Lili, et même
Emma qui, à 36 ans, lui déclare un amour inattendu... Marcel refuse de porter
un costume de vieillard. Tout au contraire, à 90 ans, il est plus fringant, plus
séducteur qu'à 20 ans.
Écrits dans une langue vigoureuse, ces carnets, bousculant l'image asexuée du
quatrième âge, sont un élixir contre le renoncement. Car Marcel ne tient pas
pour sagesse la faculté de perdre son indignation. Si sa vue baisse, il n'en estime
pas moins que le monde existe toujours et qu'il contient des sources de joie et
de plaisir.
Un homme définitivement «né pour être jeune».