Publié en 1915, le présent ouvrage avait alors pour titre : Enseignements psychologiques de la Guerre européenne. Il portait comme sous-titre : « Les causes économiques, affectives et mystiques de la guerre ». Les forces psychologiques en jeu dans les batailles. Les variations de la personnalité. Les haines de races. Les problèmes de la paix l'avenir. Ce livre s'inscrivait dans le terrible contexte d'affrontement européen de l'époque. Il étonnera peut-être le lecteur actuel par les développements qu'il consacre au bellicisme allemand, à son hégémonisme commercial d'avant guerre et au pangermanisme. On remarquera cependant qu'il demeure singulièrement libre s'agissant des motivations des Alliés. Il ne les résume aucunement en une simple, fraîche et joyeuse « guerre du Droit ». On remarquera également ici un parallélisme très fort entre les deux guerres que nous appelons « mondiales », 1914-1918 et 1939-1945 : on est tenté de considérer que, de ce point de vue, elles en forment une seule. En redécouvrant les mécanismes de la première, dont la seconde accentue simplement les traits, le dernier épisode semble un simple prolongement du premier plus affreux pour les civils. L'auteur s'inscrivait en faux face aux explications matérialistes et marxisantes. Derrière les événements dont nous voyons se dérouler le cours, écrit-il ainsi, se trouve l'immense région des forces immatérielles qui les firent naître. Les phénomènes du monde visible ont leur racine dans un monde invisible où s'élaborent les sentiments et les croyances qui nous mènent. Cette région des causes est la seule dont nous nous proposons d aborder l'étude. La guerre qui mit tant de peuples aux prises éclata comme un coup de tonnerre dans une Europe pacifiste, bien que condamnée à rester en armes. Tout conspirait donc pour cet écrit soit relégué dans l'oubli des textes maudits, politiquement incorrects. Au lendemain de la victoire de 1918, les Alliés tournèrent en effet le dos aux enseignements de ce livre en particulier et, en général, aux conceptions non conformistes de Gustave Le Bon (1841-1931) pourtant mondialement reconnu en son temps comme le grand spécialiste de la « Psychologie des foules » (1895). Avec le Traité de Versailles on s'engouffra dans le mythe illusoire de la sécurité collective : on connaît la suite. Le lecteur pourra donc redécouvrir un ouvrage terrible et prophétique, annonçant en somme la reprise des hostilités. Il y est démontré, aussi, combien les dirigeants politiques, bien connus du public, rois ou ministres, se trouvent régulièrement dépassés par les forces intérieures, celles de l'inconscient des peuples.