Sur le boulevard de la Plage du Cap-Haïtien, entre palmiers tronqués
et brouhaha des tap-tap, une bande de gamins tient séance. Le chef
indétrônable, Caleb, charismatique en diable, attribue les rôles du
jour : Antoine, le chapardeur émérite, viendra traîner avec lui au
supermarket Kokillaj ; Louis, le sanguin à l'hostilité permanente, ira
mendier aux restaurants ; quant à Renald, le souffre-douleur à la honte
endémique, Renald dont la réputation n'est plus à faire, pour lui, ce
sera la boulangerie, cet endroit délaissé par les autres, tant les gains y
sont faibles. Pourtant, ce jour-là, c'est Renald qui touchera le gros lot.
Ayesha se sent oppressée depuis son arrivée, malgré les distractions
offertes par la communauté des expatriés. Elle qui a fui son Bangladesh
natal pour échapper à une situation familiale asphyxiante, la voilà
confrontée à un pays déshérité. Sa mission humanitaire lui paraît de
plus en plus dérisoire : former des «comités de vigilance», censés
pallier les déficiences de l'État.
Dans sa maison proprette des hauteurs, Jenny, l'expatriée américaine,
n'en démord pas. Cet orphelinat dont elle s'occupe, ce n'est pas assez.
Elle veut faire davantage... Elle doit faire davantage.
La mauvaise réputation est un roman d'apprentissage qui articule
histoire collective et destinées individuelles. Au fil des chapitres, les
trajectoires s'entrecroisent au coeur d'une toile complexe qui a pour
nom Haïti. Les personnages tentent d'infléchir leur destin. Certains
s'enlisent, d'autres affrontent leurs démons et parviennent à se
maintenir à flot. Quelquefois, au gré d'une rencontre, l'espoir apparaît.