Le matérialisme contemporain et ses multiples implications philosophiques
et scientifiques restent, en France, fort mal compris. Or les
enjeux de connaissance qui leur sont liés se révèlent cruciaux, qu'il
s'agisse de la physique, des sciences de la vie, des neurosciences,
ou des sciences humaines. Entre le trivial mépris du matérialisme, le
matérialisme qui n'ose se donner pour tel, la spécialisation à outrance
des recherches, et les formes vieillies d'un matérialisme mal informé
des sciences, il est désormais nécessaire de redonner à cette pensée
une identité théorique forte et affirmée. Ce constat, nous l'avions fait
dans Les matérialismes (et leurs détracteurs) (sous la direction de
J. Dubessy, G. Lecointre et M. Silberstein, Syllepse, 2004). L'intérêt et
les débats suscités par ce livre nous invitent à prolonger cette réflexion
par une série de recueils de textes pluridisciplinaires : la revue Matière
première.
Le présent volume a pour axe thématique la question de la naturalisation.
Ce dernier terme est encore peu connu ; il désigne l'opération
par laquelle la philosophie la plus perspicace, en rapport avec les avancées
des sciences de la nature, se donne les moyens d'expliquer, par
des processus naturels, différents phénomènes relégués d'ordinaire
dans les limbes de l'introspection ou de l'éternel inconnu. Il s'agit notamment
des fonctions dites supérieures du cerveau : la conscience, l'intentionnalité,
etc. Le chantier conceptuel est immense, en pleine
effervescence. Nous essayons de rendre compte de quelques-uns de
ces débats, sans oublier nos préoccupations constantes : le souhait
d'une plus large diffusion de ces idées trop souvent confinées dans les
cénacles de spécialistes, et la lutte contre les impostures intellectuelles.