Rares sont les analyses qui intègrent dans la dynamique de la
mondialisation capitaliste l'essor des marchés sexuels et leur impact
sur les femmes et les enfants. La mondialisation trouve pourtant là
l'une de ses pires formes d'incarnation. La victoire du néolibéralisme
dans les années 1980 va de pair non seulement avec une accélération
de la soumission à la monétarisation des rapports sociaux, visible
particulièrement dans les industries du sexe, mais également avec une
légitimation accrue de l'aliénabilité des corps, de leur marchandisation.
La prostitution et son corollaire, la traite des femmes et des enfants à
des fins de prostitution, sont considérés par nombre d'États comme des
moyens de développement économique. Ce «secteur» de l'économie
mondiale est en pleine expansion. Il produit des déplacements
importants de population et génère des profits mirobolants. Des millions
de femmes, d'adolescents et d'enfants vivent dans les districts «chauds»
des métropoles de leur propre pays ou dans ceux de pays voisins ou
lointains. Les plus touchés proviennent principalement des pays du Sud
et, plus récemment, de l'Est. Ils constituent la source des rentes les plus
profitables de l'économie mondiale.