Sommes-nous libres ? Sommes-nous déterminés à faire les choix que
nous faisons, à agir comme nous agissons ? Une grande partie de la
philosophe occidentale s'est employée à défendre la thèse du libre arbitre -
offrant ainsi à l'Homme la croyance rassurante d'une maîtrise de son destin.
Cependant, un autre courant de pensée (Hobbes, Spinoza, pour ne citer
qu'eux) a fait valoir que l'Homme ne saurait se placer hors de la nécessité
qui régit l'univers. Sauf à excepter l'Homme de la nature et de ses lois, on
voit mal comment il pourrait ne pas en dépendre. Pour le philosophe Ted
Honderich, comme pour ses illustres prédécesseurs, le déterminisme - qui
n'est ni le fatalisme, ni la prédétermination, au sens théologique - apparaît
comme une thèse raisonnable. Ted Honderich renouvelle les arguments
en faveur du déterminisme en s'appuyant sur les savoirs de notre temps,
principalement les neurosciences.
Cependant, si la raison nous oriente vers le déterminisme, cette thèse ne
continue-t-elle pas à nous effrayer ? Le déterminisme a toujours été dépeint
par les partisans du libre arbitre comme une prison de l'âme. À cela, Ted
Honderich répond d'une part que le coût ontologique du libre arbitre est
exorbitant, d'autre part que, contrairement aux apparences, l'humanisme
n'est pas du côté que l'on croit : la fiction morale du libre arbitre ne garantit
pas les conditions d'une société juste. Dans un chapitre consacré à la
théorie de la justification des peines, Ted Honderich propose une remise en
cause radicale de notre rapport au crime, sous l'éclairage du déterminisme.
Si l'on ne considère pas que les individus ont une souveraineté totale sur
leurs décisions, alors une bonne partie de la justification sociale actuelle du
système pénal cesse de valoir.
En dépit d'un socle théorique aussi probant, Ted Honderich n'en
reconnaît pas moins notre besoin existentiel de liberté, pour penser nos
propres actions et certaines modalités de notre rapport aux autres, comme
la gratitude. Il propose une version inédite du déterminisme qui fasse justice
à notre besoin vital d'agir comme si nous étions libres.