L'ouvrage consiste en une analyse critique du discours expert sur les violences à l'école et des réseaux d'expertise qui se sont créés sur cette thématique. Depuis les années 1990, un vaste champ de recherches a été stimulé sur ce thème par des commandes publiques nationales et européennes, dont plusieurs disciplines ont bénéficié (sociologie ; sciences politiques, criminologie, sciences de l'éducation, épidémiologie, etc). Il s'agit donc de mettre en évidence le danger que représente une littérature experte directement inféodée à la demande politique et bureaucratique de « lutte » contre la violence, scolaire. Les chercheurs qui produisent ces expertises pour différentes institutions nationales et internationales comme l'Union européenne, se caractérisent par un manque d'autonomie à l'égard des pouvoirs politiques et des définitions bureaucratiques. Le « problème social » de la violence tel qu'il est défini dans les champs politique et médiatique est l'objet de cette production experte qui revendique son « utilité sociale » auprès du « décideur » et l'apport des « bonnes pratiques », notamment américaines, dans le domaine de la lutte contre la violence.
Volontiers neutraliste, cette production, qui stigmatise toute démarche critique en sociologie comme étant « idéologique » ou d'« ultragauche » pour reprendre les termes employés, se caractérise par sa normativité quand il s'agit de désigner les « bons » et les « mauvais » comportements, et un certain conservatisme dans le choix des bonnes « solutions » américaines à la violence.
Ces experts déclarent pouvoir « prédire » l'apparition du comportement délinquant à venir chez des enfants âgés de quelques années, pour l'en rayer à la racine grâce au « repérage » des délinquants potentiels. Nous avons vu que le président Sarkozy manifeste un grand intérêt pour ces travaux. Il y a donc urgence à analyser ces discours et à les contrer.