Deux longues décennies ont passé depuis le soulèvement armé des
zapatistes du Chiapas dans le Sud-Est mexicain, le jour de l'entrée en
vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain. Aujourd'hui pourtant,
à coup de mobilisations détonnantes et de communiqués fleuris du sous-commandant
Marcos, la rébellion des indigènes mayas encagoulés défraie
à nouveau la chronique, sur fond de tensions palpables.
Guérilla guévariste, mouvement civil d'affirmation identitaire, forum
altermondialiste, autogouvernement rebelle... la dynamique zapatiste a
revêtu au fil du temps des formes diverses pour revendiquer d'abord,
construire ensuite - sur ses propres territoires désormais «autonomes
de fait» - la democracia, la libertad et la justicia.
La viabilité d'une telle expérience profondément émancipatrice et
radicalement démocratique est questionnée. Fragmentation politique des
régions indigènes, stratégies contre-insurrectionnelles et assistancialisme
gouvernemental, pénétration des transnationales de l'industrie extractive,
touristique, agroexportatrice... l'adversité du contexte est tangible. Tout
comme les limites internes de la rébellion dont les logiques d'action,
sociales et politiques, peuvent converger ou se heurter.
Comment se profilent aujourd'hui les perspectives du mouvement
zapatiste ? Quelle signification recèle cette critique en actes du modèle
économique dominant et d'un certain rapport au politique ? Au Mexique
et au-delà, quelle est la portée de cette lutte, aussi atypique que légitime,
pour la dignité, la redistribution et la reconnaissance ?