« De l'autre côté du miroir », c'est l'histoire d'un père
qui se met à la place de son fils, autiste de haut niveau, pour
raconter à la première personne du singulier, la vie de celui-ci. Passant ainsi de l'autre côté du miroir, Paul Pegarres se met
entièrement à l'écoute de son « Pierrot lunaire » pour se faire
traducteur, transcripteur d'une vie : « c'est comme si Pierre et
moi jouions au piano à quatre mains, mais gouvernées par la
même tête, la mienne. Je dirige la partition, mais je m'inspire
des improvisations qu'il me propose ».
À la lisière du roman et du témoignage, cet ouvrage décrit
le parcours d'un jeune autiste, de son enfance à l'adolescence,
et dans ses premiers pas d'adulte. Il ouvre une fenêtre sur ce
regard particulier qu'un être différent porte sur le monde. La
petite enfance, l'école, l'université, le travail dans l'entreprise, la
rencontre (romancée) avec l'autre sexe, ce sont tous les aspects
de la vie qui sont ici explorés, saisis et imaginés à travers la
conscience d'une personne autiste. Cet ouvrage permet d'entrer
de plain-pied dans l'univers si étrange de l'autisme.
La projection imaginée de Pierre dans deux univers, a
priori improbables pour lui, - la vie sentimentale, puis la vie
professionnelle - confère aussi à l'ouvrage une autre dimension
que celle de l'analyse purement introspective.
Vaincre les murs de la citadelle dans lequel leur fils
est enfermé, telle est la mission qu'assument avec courage et
obstination les parents d'un enfant en prise avec des troubles
envahissants du développement. Paul Pegarres ne fait pas
exception, il met ici à profit son observation très fine et
l'action sans relâche qu'il a toujours menée à l'égard de son fils
« différent », pour nous livrer un témoignage d'empathie vibrant,
tout en veillant à ne pas envelopper son propos dans la « vapeur
compassionnelle » où l'exercice aurait pu le projeter.