D'Holbach est le grand auteur matérialiste et athée des Lumières.
Collaborateur de l'Encyclopédie à laquelle il a confié les articles consacrés à la
chimie et à la géologie (les découvertes de son temps ruinèrent la chronologie
biblique), il a publié anonymement avec l'aide de Naigeon, son secrétaire, quantité
de livres dont Coda a entrepris la publication intégrale.
Le Système de la nature, longtemps attribué à Diderot, est à la fois
l'ouvrage le plus systématique et le plus célèbre de D'Holbach, celui aussi qui a
exercé l'influence la plus profonde sur les Lumières européennes et sur la formation
de la pensée marxiste.
Voltaire, pourtant grand pourfendeur du fanatisme religieux et ennemi des
«billevesées de l'Infâme», a écrit à propos du Système de la nature : «C'est
un livre terrible.»
«La preuve la plus forte que l'idée de la divinité n'est fondée que sur une erreur,
c'est que les hommes sont peu à peu parvenus à perfectionner toutes les sciences
qui avaient pour objet quelque chose de réel, tandis que la science de Dieu est la
seule qu'ils n'aient jamais perfectionnée. Elle est partout au même point : tous les
hommes ignorent également quel est l'objet qu'ils adorent, et ceux qui s'en sont
le plus sérieusement occupés n'ont fait qu'obscurcir de plus en plus les idées
primitives que les mortels s'en étaient formées.»
«Si Dieu est infiniment bon, quelle raison aurions-nous de le craindre ? S'il est
infiniment sage, de quoi nous inquiéter sur notre sort ? S'il sait tout, pourquoi
l'avertir de nos besoins et le fatiguer de nos prières ? S'il est partout, pourquoi lui
élever des temples ? S'il est le maître de tout, pourquoi lui faire des sacrifices et des
offrandes ? S'il est juste, comment croire qu'il punisse des créatures qu'il a remplies
de faiblesses ? Si la grâce fait tout en elles, quelle raison aurait-il de les récompenser ?
S'il est tout-puissant, comment l'offenser, comment lui résister ? S'il est raisonnable,
comment se mettrait-il en colère contre des aveugles à qui il a laissé la liberté de
déraisonner ? S'il est immuable, de quel droit prétendrions-nous faire changer ses
décrets ? S'il est inconcevable, pourquoi nous en occuper ? S'il a parlé, pourquoi
l'univers n'est-il pas convaincu ? Si la connaissance d'un dieu est la plus nécessaire,
pourquoi n'est-elle pas la plus évidente et la plus claire ?»
«Il n'y a qu'une liberté de penser illimitée et inviolable qui puisse solidement
assurer le repos des esprits. Les opinions des hommes ne sont dangereuses que
lorsqu'on veut les gêner ou quand on s'imagine être obligé de faire penser les autres
comme on pense soi-même. Nulles opinions, pas même celles de la superstition,
ne seraient dangereuses si les superstitieux ne se croyaient pas en conscience
obligés de persécuter et n'en avaient pas le pouvoir ; c'est ce préjugé que pour
bien des hommes il est essentiel d'anéantir, et si la chose est impossible, l'objet
que la philosophie puisse raisonnablement se proposer sera de faire sentir aux
dépositaires du pouvoir que jamais ils ne doivent permettre à leurs sujets de faire
du mal pour leurs opinions religieuses.»
«S'il vous faut des chimères, permettez à vos semblables d'avoir les leurs et
n'égorgez point vos frères quand ils ne pourront pas délirer comme vous. Si vous
voulez des dieux, que votre imagination les enfante. Mais ne souffrez point que ces
êtres imaginaires vous enivrent au point de méconnaître ce que vous devez aux êtres
réels avec qui vous vivez.»