L'exposition du musée des Beaux-Arts de Nancy propose d'établir un lien entre des œuvres qui, au sein de la création plastique tchèque, ont mis en évidence, dès le début des années 60, la problématique du corps, et des travaux de jeunes artistes qui opèrent aujourd'hui un retour au corps avec d'autres méthodologies, d'autres modes de narration, d'autres techniques. La préoccupation fondatrice de la performance a été d'interroger la nature du corps telle qu'une société peut la vivre, l'opprimer ou la nier. Dans de nombreuses actions menées principalement dans la période historique, le corps apparaît comme le lieu privilégié de la douleur, et l'espace social comme le lieu de la contrainte, de la surveillance et de la répression. Forcément subversive par les thèmes qu'elle aborde, la pratique du corps a curieusement évolué d'une réalité éphémère, s'inscrivant dans l'univers esthétique de la dématérialisation de l'œuvre, à une production d'objets mêlant photos, vidéos, installations soutenues à l'occasion par une technologie sophistiquée. Dans le cadre de l'exposition seront présentées des photographies témoignant des performances réalisées dans les années 60 et 70, ainsi que des installations affirmant d'évidentes ambitions scénographiques.
Pour la première fois, l'exposition et le présent catalogue réunissent deux générations d'artistes tchèques qui n'ont encore jamais eu l'occasion de partager un même espace, ni de dialoguer à partir de leurs productions. La génération historique des années 60 et 70 s'est référée à la problématique du corps pour traduire de façon métaphorique la situation politique et sociale de l'époque, pour renforcer la tendance à l'introspection et exprimer, dans certains cas, une sorte de rite de passage. La nouvelle génération, par contre, joue volontiers avec le statut du corps dans sa relation aux nouvelles technologies, aux manipulations qui touchent à la génétique, aux images retouchées par ordinateur, aux vanités cosmétiques du fard ou du travestissement. Dans le cadre de performances privées ou publiques, les artistes de la première génération se sont tournés vers leur propre corps, l'ont désigné comme objet, comme sujet, comme instrument de mesure ; tandis que les jeunes artistes délèguent plus aisément à l'objet, à la représentation photographique d'un corps qui n'est pas obligatoirement le leur, ou encore à l'écriture de la vidéo, le soin de traiter à distance l'idée que l'on peut se faire de l'usage du corps.