Sous quels traits la vengeance, qui
fut au coeur de nombreux mythes
ou de grands cycles tragiques, réapparaît-elle,
plus brûlante que jamais,
dans la littérature moderne, chez des
écrivains tels que Mérimée, Balzac,
Dumas, Barbey d'Aurevilly, Verne ou
Zola ? Au XIXe siècle, le récit de vengeance
s'affranchit des préceptes qui
en codifiaient la représentation à l'âge
classique. Il se centre sur le personnage
du vengeur, qui fascine les romanciers
et leurs lecteurs.
C'est cette fascination que cherche à
comprendre le présent ouvrage. Il se
propose d'analyser les composantes de
l'acte vengeur et son homologie avec le
processus narratif. Il voudrait aussi
montrer les métamorphoses que
chaque écriture narrative fait subir à
cette formule apparemment rigide, et
au héros dans lequel elle s'incarne.
C'est que la vengeance ne cesse de se
réécrire : flamboyante et multiforme,
elle n'est pas réductible à une seule
esthétique ou poétique romanesque.
Mais, quelles que soient ses variations,
le récit de vengeance demeure le lieu
d'une tension permanente entre norme
et transgression, réel et fantastique,
symétrie et excès. Ce scénario prévisible,
que guette parfois la stéréotypie,
est, en même temps, une machine à
produire de l'inouï.