La publication, en un seul volume, des actes de deux colloques consacrés
à une approche contextuelle de l'oeuvre de Claude Nicolas Ledoux (1736-1806)
et Étienne Louis Boullée (1728-1799) célèbre le souvenir de deux des
plus grands architectes français de la seconde moitié du XVIIIe siècle.
À peu près oubliés au XIXe siècle (on détruisit alors les quatre cinquièmes
des édifices de Ledoux), ils ne furent vraiment redécouverts que dans les
années 1930. Dans l'historiographie de l'art dit «néoclassique», enfin
apprécié depuis un demi-siècle, l'oeuvre de Ledoux et de Boullée symbolise
désormais la part la plus révolutionnaire de l'architecture inspirée par
la pensée, progressiste et libertaire, des Lumières. La publication des
écrits sur l'art, inédits, et des magnifiques dessins de Boullée, les rééditions
en fac-similé, réduits, du grand livre théorique et poétique que Ledoux
avait fait paraître, comme un testament, peu avant sa mort (L'Architecture
considérée sous le rapport de l'art, des moeurs et de la législation, 1804),
sont devenues des ouvrages classiques de la culture architecturale, d'une
manière quasi trans-historique.
L'utopie, la poésie des formes, l'iconographie parlante et le caractère
moralisateur - politique et social - des réalisations et des projets de
ces artistes sont souvent compris selon un idéal universel qui fait leur
force. Mais en s'intéressant ici aux publications anciennes ou diffusées
de leur temps, avec lesquelles ils se sont trouvés en émulation, en rétablissant
leur influence européenne, tant en Russie qu'en Angleterre, par
exemple, tandis que s'étend l'espace des Lumières, les communications de
ces actes tentent de restituer le climat architectural dans lequel
Ledoux et Boullée se sont exprimés.