L'Asie du Sud, qui dispose de deux des plus grands bassins hydrographiques de la
planète, est l'héritière d'une longue histoire urbaine. Les premiers sites de la
civilisation de l'Indus (2500 - 1700 av. J.-C.) sont apparus sur les rives d'un fleuve,
l'Indus, auquel le pays doit également son nom. Dans la civilisation indienne, les
fleuves et les rivières, vénérés comme des incarnations de dieux et de déesses,
possèdent une dimension sacrée. De nombreuses villes saintes, considérées comme
les demeures de forces divines, se sont développées sur des rives également propices
à l'installation de capitales et à l'essor de centres de commerce.
A travers l'analyse de sept villes de tailles très variables, des plaines du moyen Indus
au Pakistan (Sehwan Sharif) à celle du Brahmapoutre en Assam (Guwahati), de la
vallée du Gange et de la Yamuna (Bénarès et Delhi) à celle de la Vaigai en Inde du
Sud (Madurai) en passant par le bassin de la Narmada, en Inde centrale (Amarkantaka
et Omkareshwar), l'ouvrage explore la multiplicité des visions et des émotions qui
continuent de susciter des pratiques et des aménagements spécifiques sur les berges
urbaines. Il montre la variété des approches de la rivière et des rives qui ont pu
valoriser, selon les époques et les lieux, l'expérience religieuse, la qualité esthétique
des paysages, les échanges sociaux ou bien les usages matériels.
Ce volume collectif propose une réflexion pluridisciplinaire sur cet héritage
singulier, aujourd'hui menacé par l'explosion démographique et par la pollution, et
sur les perceptions contemporaines contradictoires des dévots et des touristes, des
populations locales et des décideurs nationaux, des habitants de bidonvilles et des
citadins des classes moyennes.