Compositeur, auteur, metteur en scène, mais aussi genre, oeuvre, situation, sinon
personnage... Croisant les approches, revendiquant une pleine interdisciplinarité,
Musique et dramaturgie se risque à une esthétique de la représentation moderne et
contemporaine : opéra, théâtre musical, musique de scène, happening ou action,
Hörspiel ou radio play... La soixantaine d'études et de témoignages d'artistes réunie
dans ce livre chemine librement à travers quelques propositions majeures du siècle
dernier, oscillant entre les exigences du matériau au sein de l'oeuvre musicale, et une
autre logique, propre à la scène, concrète, filmique, expérimentale, théorique,
idéologique, ou à celle, imaginaire, de la radiophonie. Aussi l'opéra n'est-il ici que
l'une des formes du dialogue entre la nécessaire acuité de l'écoute et l'illusion
certaine du spectacle.
Car, devenu son propre objet de représentation, l'opéra et son récent devenir
tiendraient dans cette alternative : ou bien le néo-classicisme, adoptant l'héritage
d'archétypes et de structures canoniques et séculaires, ou bien l'ironie, la
distanciation, sinon le renversement des conventions et des figures rhétoriques. La
métamorphose de personnages et d'intrigues désormais rejetés à la surface, ni
fondement, ni substance, ni même sujet, signe alors l'avènement d'une scène sans
histoire, basée sur le son, et non sur le drame, au sens d'action théâtrale. Ainsi,
l'opéra se meurt. Suivant cette prophétie, maintes fois délivrée au cours du
XXe siècle, le genre donnerait à voir et à écouter son seul trépas, et désignerait une
aporie, l'écueil d'une écoute soumise à l'insistance du regard.