Le mouvement est considéré comme l'essence du cinéma. De la fascination
des premiers spectateurs pour le cinématographe en 1895 aux succès
des productions hollywoodiennes à «grand spectacle» au XXIe siècle,
l'enthousiasme pour le septième art s'expliquerait par sa capacité à
émanciper l'image de sa fixité.
Mais l'esthétique du mouvement est-elle concevable sans porter en creux
une immobilité dont elle semble s'affranchir ?
Qu'il s'agisse de l'utilisation de l'arrêt sur image, de longs plans fixes, du
figement des acteurs, ou bien du filmage de tableaux et de photographies,
l'histoire du cinéma se déroule au fil d'un désir de mouvement qui se double,
selon les époques et les réalisateurs, d'une nostalgie de l'immobilité.
L'arrêt sur image a-t-il une fonction politique ? Quelle différence y a-t-il
entre le figement, le repos et l'inertie ? Pourquoi sommes-nous assis
immobiles face à l'écran ? Quel est le rapport de l'immobilité au sacré ?
Quelle conception du temps certains films opposent-ils à un monde saturé
d'images en mouvement ?
Telles sont quelques-unes des questions auxquelles ce livre se propose
de répondre selon trois axes : l'esthétique, la critique idéologique et
la réception.