Migrations et mutations : deux termes qui ont une résonance universelle et
font traditionnellement l'objet de recherches distinctes. L'originalité de cet
ouvrage est triple : traiter ces concepts dans les arts visuels ; les réunir afin d'en
étudier les croisements et d'en mettre au jour les fonctions créatrices ; aborder
sous cet angle inédit le paysage dans l'art contemporain.
Du paysage nomade à l'oeuvre disséminante ; du paysage pictural à l'espace
numérique ; du paysage historique à la vision actuelle : les trois approches,
abordées dans cet ouvrage, révèlent que la migration est créatrice quand elle
déplace les techniques, les formes, les codes, les modes de présentation et de
réception, de rapports à l'histoire, au lieu que fonde chaque oeuvre. La mutation
touche à la profondeur de l'oeuvre, au sens biologique où elle «s'exprime»
afin qu'émerge une espèce nouvelle.
En prenant appui sur des oeuvres singulières et leur processus de création,
sur la vie des artistes et leurs écrits, les textes ici réunis tentent de répondre
à quelques questions : à quelles conditions la mutation s'exprime-t-elle ?
comment se reconfigure l'identité de l'artiste ? quel rôle y tient le paysage ?
comment considérer la pensée imaginative et la pensée rationnelle ? un
nouveau type de spectateur (ou de regardeur) est-il en train d'émerger, de
muter ?
L'artiste reste en effet le contemporain qui, selon Agamben, «reçoit en plein
visage le faisceau de ténèbres qui provient de son temps» et «ne coïncide pas
parfaitement avec lui», devenant ainsi «plus apte que les autres à percevoir et
à saisir son temps». Ses rapports au paysage en sont la pierre de touche.