Tout au long du XIXe siècle, la France a vécu au rythme des insurrections.
Qu'elles aient été transformées en révolutions ou qu'elles aient été éteintes,
réprimées, trahies, les insurrections ont modelé le rapport à l'histoire en
train de s'écrire. Ce livre se propose de reprendre à nouveaux frais une
double question dont les enjeux sont profonds : ce que l'insurrection,
temps d'ouverture des possibles, espérés ou craints, fait à l'écriture et
à la littérature ; ce que la littérature, ses auteurs, ses topiques, fait dans
le temps insurrectionnel. Comment les moments insurrectionnels ont-ils
redéfini la fonction et le statut d'écrivains comme Jules Vallès, Eugène
Sue et Louise Michel, d'un genre comme les mémoires de protagonistes
de l'insurrection, d'un médium comme le journal ? Comment les discours
littéraire et historien travaillent-ils l'insurrection, au moyen de quelles
mises en intrigue, de quelles mises en forme particulières et avec quelle
efficacité ? Quelles rencontres peut-on observer, par exemple, entre le
Dumas des journaux de 1848, le Hugo des Misérables et le Michelet de
l'Histoire de la Révolution française ? Quel sens, enfin, donner aux prises
d'écriture anonymes, par lesquelles les acteurs tentent de s'inscrire
dans l'histoire ? Historiens et littéraires, à parts égales, ont été invités à
répondre à ces questions. Partant de cas d'études qui empruntent tant
à la Grande révolution de 1789-1794 qu'aux insurrections de 1848 et à la
Commune de Paris, les articles qui composent cet ouvrage montrent qu'il
existe bien à cette époque un lien fort entre littérature et insurrection
qui doit être repensé.