Mexico est la ville hallucinatoire par excellence. Un immeuble baroque porte ces mots électriques et clignotants : Institut Mondial de la Vie Impersonnelle ! A côté, le visage du Christ rappelle au passant, en lettres géantes : "Dieu est ton copilote". A l'heure de l'angélus une odeur de soufre et de pourriture combat le parfum sucré des galettes de maïs. Des petites Indiennes vendent des poupées devant la vitrine d'un fourreur. Les camions se nomment : Poussière d'Oubli, Cur de Poète, dipe Roi... A Mexico, dont le nom signifie en aztèque "le nombril de la lune", la réalité flirte avec des fantômes. Mexico est une ville femme : fleurs en abondance, tortillas de maïs, tacos, nourriture tendre, jus de fruits à tous les coins de rue. Mexico maternelle. A l'autre extrême : violence du pouvoir, machisme, corruption, attributs d'une virilité exacerbée. La ville de Mexico est parcourue par ces deux contraires, violemment. Il faut interroger les figures du père et de la mère, de la religion à la révolution. Mexico, avec presque 20 millions d'habitants et 50% du potentiel industriel, concentre la misère et la richesse du pays. Elle est aussi la plus grande agglomération du monde. A quel Dieu sacrifie-t-elle ses pauvres ? Jusqu'où ira-t-elle dans la démesure ? Dans sa frénésie, Mexico fait penser à ce cavalier montant son cheval à l'envers et répondant aux piétons qui lui demandent où il va : "Demandez à mon cheval !"