Le quartier de Tounis évoque aujourd'hui l'oasis, le calme dans l'agitation
du centre ville, mais il n'en fut pas toujours ainsi. Pendant des siècles
ce quartier fut séparé de la cité par un bras de Garonne, la Garonnette. Les
habitants de l'île vivaient de métiers liés à la présence de l'eau : teinturerie,
mégisserie, travail du bois, alimentation, abattoirs. L'eau donnait vie aux
Tounisiens ; elle leur donnait aussi la mort : insalubrité due à l'exercice de
métiers polluants, crues du fleuve qui, si elles tuaient rarement, détruisaient
avec régularité maisons, échoppes et ateliers...
La vie grouillait et le petit peuple, peu à peu, s'organisait. Les Tounisiens
disposaient ainsi d'une «bourse des pauvres» pour aider les plus nécessiteux,
de «bayles» organisant la vie religieuse de la communauté, chargés
de la représenter auprès des autorités. Le quartier avait aussi ses fêtes, comme
ces courses de canots qui attiraient, au XVIIIe siècle, des foules considérables.
Commes les métiers qui s'y pratiquaient, Tounis a évolué aux XIXe et
XXe siècles. Il s'est assaini avec le transfert des activités polluantes et il est
devenu plus sûr avec la construction du quai. L'assèchement de la Garonnette
en 1954 a définitivement rattaché l'île de Tounis à la ville.
Jean-Marie Arrouy reconstitue pour nous le quotidien de ce quartier
singulier dont Ferdinand Mazzoli (XIXe s.) disait qu'il était «un lieu aussi
dangereux à visiter que curieux à étudier».