On peut mettre en doute la validité même de la notion d'illustration
d'une poésie : superfluité, trahison, redondance, facilité ? Pourtant il
s'agit d'une pratique fréquente, durable, renouvelée au gré de l'évolution
des techniques. Illustrer, c'est enluminer, donner de la lumière à une
oeuvre littéraire par le recours à d'autres arts, le plus souvent visuels, mais
aussi sonores, parfois gestuels, éventuellement scéniques. Illustrer, c'est souvent
donner à comprendre sous l'angle d'une autre esthétique ce que le
poème porte en soi, le révélateur iconique ou auditif décryptant les beautés
secrètes du texte, permettant de mieux en saisir l'architecture interne.
L'illustration peut aussi assurer une fonction de diffusion, voire de propagande,
sur l'instant de la découverte, puis au fil du devenir éditorial. Parfois,
c'est au prix d'une mutation esthétique surprenante qu'un dessinateur ou un
musicien porte à la connaissance de nouveaux publics une oeuvre perçue
comme déjà datée, leurs créations pouvant devenir emblématiques de sa
réception. De ce fait, l'histoire littéraire et artistique que brossent, touche
après touche, les vingt-sept contributeurs de ce volume, de Villon et Marot à
la Pléiade et à la poésie baroque, de La Fontaine et Racine à Voltaire et
Diderot, de Chateaubriand et Soumet à Musset, Vigny, Gautier, Baudelaire et
Banville, d'Apollinaire, Proust, Cendrars et Valéry à François Cheng, en
abordant les questions spécifiques à l'emblème, au frontispice, à l'almanach,
à la vignette, apporte beaucoup à la compréhension de ce relais des imaginaires,
finalement essentiel à l'alliance de la poésie et de l'illustration.