Les conditions de l'émergence de la littérature algérienne de langue
française étaient difficiles (la guerre d'Algérie) et lui réservaient un sort
particulier, celui de littérature de combat. L'affrontement entre l'écrivain
et le système colonial. Malheureusement, après l'indépendance du pays
en 1962, l'affrontement continuera, mais cette fois-ci entre l'écrivain et
les pouvoirs en place.
Dans un pays en lutte contre ses propres démons (surtout ceux qu'il
a enfantés !), l'écrivain signe un pacte avec tout ce qui remue, tout ce
qui se métamorphose. Il devient l'oeil qu'on ne peut pas tromper,
braqué à la manière d'un projecteur de cinéma sur le mouvement
continuel qu'enregistre le pays à l'intérieur et à l'extérieur. En 1986,
Kateb Yacine déclarait à un universitaire oranais : «Ici [en Algérie]
l'écrivain ne peut s'abstraire de la vie sociale. C'est radicalement
impossible et je le défie de le faire à moins qu'il ne soit milliardaire.
Nous vivons un combat. Nous ne sommes pas dans une Algérie idyllique,
dans une Algérie de nos rêves. Nous sommes dans une Algérie qui est
réelle et qui est invivable. Pour nous, il est vital de lutter. Ceci n'est pas
un choix ou une vision purement intellectuelle, mais une lutte qui nous
est imposée.»
Comme le disait justement Rachid Mimouni et qui rejoint le point de
vue de son aîné Kateb : «je crois à l'écrivain comme pure conscience,
probité intégrale, qui propose au miroir de son art une société à assumer
ou à changer, [...].» Le rôle qu'endosse l'écrivain donne à la
littérature -
injustement taxée d'exotisme - une autre dimension : celle de littérature
du mouvement. C'est ce qui fait qu'elle bouge, évolue, change et s'adapte
continuellement. Et c'est ce que tente de démontrer cet essai, qui met
en lumière une richesse thématique, profonde et insoupçonnable,
digne des grandes littératures.