Le «Voyage d'Italie», ou «Grand Tour» selon l'expression anglaise, a été longtemps
un épisode incontournable de la formation des artistes européens. L'une des
sources privilégiées de la connaissance de ce domaine de l'histoire artistique est le
témoignage direct, qui place le lecteur au coeur de l'action.
Le journal de Pierre-Louis Moreau, resté jusqu'à ce jour inédit, appartient à cette
catégorie : rédigé dans une langue à la fois spontanée et rigoureuse que soutient une
réelle aisance de composition, il permet de suivre pas à pas les pérégrinations d'un
jeune voyageur infatigable, curieux de tout, aussi désireux de parfaire un savoir établi
qu'amateur de découvertes insolites : un homme des Lumières au meilleur sens du
terme. Écrit sans intention de publication, son récit garde toute la saveur des notes
que l'on prend pour soi, pour conserver le plus fidèlement possible les sensations,
bonnes ou mauvaises, inattendues ou banales, qui sont l'apanage d'un voyage
réussi - celui après lequel on ne sera plus tout à fait le même.
Mais le journal de Moreau dépasse aussi le cadre de l'intime : peu de récits de
voyageurs en Italie pendant le XVIIIe siècle ont été écrits par des architectes et il
constitue de ce fait une mémoire particulièrement précieuse. Bénéficiaire, grâce à la
générosité de son ami Charles De Wailly (architecte du théâtre de l'Odéon à Paris)
du «Grand Prix» de l'Académie royale d'Architecture, Moreau, qui occupera plus
tard la charge prestigieuse de «maître des bâtiments de la ville de Paris», rend
compte à travers son récit du climat particulier de la décennie 1750-1760, qui
prépare le renouveau classique de la période à venir. Son journal rapproche ainsi le
lecteur de l'esprit d'émulation, caractéristique de la sensibilité créatrice du moment,
qui consiste à confronter aux «beautés de la nature» les oeuvres d'art antique -
Moreau est un des premiers visiteurs de Paestum et d'Herculanum.