Fondées en avril et en novembre 1941 sur les marches du nouveau Reich allemand,
les Reichsuniversitäten de Strasbourg et de Poznan sont des créations ex
nihilo, dépendant directement de Berlin, conçues comme des avant-postes de la
germanité, mais surtout comme modèles d'université national-socialiste en vue
d'une réforme d'ensemble des universités du Reich.
Le colloque de Strasbourg de mars 2004 s'est organisé autour de quelques
grandes questions : quelle est la priorité des fondateurs, la germanisation culturelle
des marches du Reich ou la création d'une université national-socialiste
modèle ? Quelle est l'influence de l'idéologie sur le recrutement du personnel,
sur l'enseignement et la recherche ? Quelles sont les différences entre la
Reichsuniversität de Strasbourg, créée dans une région qui reste en droit française
et la Reichsuniversität de Poznan, fondée dans une région polonaise
annexée au Vieux-Reich, qui subit une germanisation brutale avec élimination
des élites polonaises, expulsion et extermination des indésirables et colonisation
par des Allemands de l'étranger (Volksdeutsche) ?
Le colloque fait le point concernant l'ensemble des recherches ; il replace la création
des deux universités dans le cadre de la lutte des universitaires pour la révision
des frontières après 1919, et souligne l'influence très variable de l'idéologie
selon les disciplines ; il évoque également la Résistance universitaire : alors que
l'Université clandestine de Poznan est une création de la résistance polonaise,
l'Université de Strasbourg, officiellement transférée à Clermont-Ferrand en septembre
1939, y est maintenue jusqu'à la libération, et constitue un foyer actif de
résistance.