L'image de Vienne et de Prague n'est ni une histoire de la croissance urbaine des
deux capitales de la Monarchie Habsbourg aux XVIIe et XVIIIe siècles, ni une synthèse
des représentations graphiques des deux villes. Elle s'attache avant tout
à décrypter un discours aussi séduisant que manipulateur, et à exhumer les
représentations mentales qui le sous-tendent. L'interprétation des topographies,
descriptions, histoires, gravures et autres récits de voyage consacrés aux
deux capitales fait appel à d'autres disciplines, de la théologie à l'optique en
passant par la philosophie, la critique littéraire ou encore l'histoire de l'art.
Les portraits urbains de Vienne et de Prague obéissent à une logique propre et
poursuivent d'ambitieux objectifs spirituels, religieux et politiques. Traversés
par l'idéal de gloire céleste, ils déroulent un répertoire dense et complexe de
motifs glorieux dont la cristallisation progressive pendant l'époque baroque
produit des effets de miroir entre drame chrétien à Prague et comédie burlesque
à Vienne. Ils aspirent aussi à faire de Vienne et de Prague les porte-étendards
de la gloire impériale et donnent à voir deux espaces utopiques dont les
destins finissent par se distinguer : Vienne, Vienna Gloriosa très politique, s'identifie
toujours davantage à son souverain, tandis que Prague, Praga Sancta martyre,
insensiblement s'en détourne.
Entré dans la ville imprimée et en images, le lecteur parcourt un dédale d'idées,
un labyrinthe de pensées. Les deux pièces maîtresses de l'univers urbain des
Habsbourg ont constitué la base d'un édifice théorique très élaboré, fruit de la
collaboration d'hommes qui ont oeuvré à Vienne et à Prague et ont fini par
prendre dans leurs rets tous ceux qui se sont aventurés à trop les approcher,
habitants et étrangers, marchands et érudits, voyageurs et autres graveurs.