«Affaire de tous», outil «qui vise à rendre le fonctionnement de l'Union plus
transparent, plus simple et plus démocratique» et qui permettra de «rendre
l'Europe aux Européens», comme le proclamait Romano Prodi ? «Obscure promesse
pour le paysan du Péloponnèse (...) ou le docker de Rotterdam» et qui
«rappelle Le Malade imaginaire, lorsque Thomas Diafoirus trouve le pouls
d'Argan duriuscule et un peu caprisant avant de diagnostiquer une intempérie
dans le parenchyme splénique», comme lui répondait Charles Pasqua ?
«Coup d'Etat de velours» et qui marque «la Constitution du néo-libéralisme»
comme l'anticipaient des membres d'Attac ?
Le moins que l'on puisse dire est que le Livre blanc sur la «nouvelle gouvernance
européenne» que la Commission européenne a adopté en juillet 2001
a fait un temps couler beaucoup d'encre. Un temps seulement. Car si la réforme
de la gouvernance européenne apparaissait comme la grande affaire du
mandat Prodi, le Livre blanc qui devait en tracer les axes principaux a tôt fait
de disparaître de l'agenda européen au profit de la constitutionnalisation de
l'Union européenne.
Et si à la manière d'un brouillon ou d'une première épreuve, les processus politiques
dont ce Livre blanc a été l'objet permettaient de saisir, comme en miroir
des débats sur la Constitution, les conditions dans lesquelles s'exerce la
construction politique de l'Europe ? Et s'ils étaient les facettes d'un prisme
pour comprendre, au travers des lectures et des usages politiques divers qui
ont été faits de ce livre, quel est l'état politique de l'Union européenne, quels
sont ses tensions ou ses points de crise à venir ?
Les chercheurs réunis ici en ont fait le pari : plus que son contenu ou son commentaire,
les usages politiques du Livre blanc représentent un puissant révélateur
des réalités qui sous-tendent l'organisation du pouvoir au sein de l'Union.