La Bretagne du XIXe siècle a la réputation d'être une terre de chouannerie, soumise à l'autorité des notables et des prêtres. Depuis le Tableau politique de la France de l'Ouest d'André Siegfried, aucune étude ne s'était penchée sur le comportement politique des Bretons entre les événements de 1870 et la défaite de juin 1940.
L'étude de la vie politique pendant la Troisième République, dans le cadre de la Bretagne historique, révèle une personnalité très éloignée des idées reçues.
Si les républicains sont cantonnés aux villes, aux ports et à quelques cantons ruraux en 1876, ils sont majoritaires dès les élections de la fin du XIXe siècle. Les radicaux s'implantent dans les campagnes bretonnes au début du XXe siècle et les voix socialistes croissent régulièrement pendant la première partie du XXe siècle.
Ces évolutions ne sont pas dues au hasard : la Bretagne change beaucoup sous la Troisième République. D'une périphérie à peine intégrée à l'espace national, elle devient une région en plein développement économique. Les campagnes s'ouvrent, les paysans accèdent à la propriété, les ports connaissent un développement rapide, des pôles industriels apparaissent. L'école de la République étend son maillage aux villages les plus reculés.
Pourtant les bouleversements démographiques, économiques, sociaux ne suivent pas partout la même chronologie ni les mêmes formes. Chaque région de Bretagne suit son propre chemin. La marqueterie des opinions politiques - cartographiées au niveau des cantons à différents moments-clés pour chaque famille politique - renvoie à des contextes économiques, sociaux et culturels spécifiques. Une typologie des régions de contestation, de négociation ou d'adhésion au modèle républicain essaie de rendre compte de la diversité des conditions du choix politique.