Le jeunisme ambiant invite à la réflexion sur les formes historiques du
culte de la jeunesse et de l'enfance. L'idée d'un rôle important de
l'Allemagne en la matière est communément admise, mais on a tendance
à considérer ce rôle d'un regard radicalement noir. La période
hitlérienne au cours de laquelle le Jeune et l'Enfant («germaniques»)
connurent une monstrueuse apothéose appelle des interprétations
téléologiques, abusives, des périodes antérieures : selon elles, le Jeune et
l'Enfant étaient toujours déjà «protonazis».
Les études ici réunies battent en brèche les idées reçues. Elles éclairent
les conditions d'émergence, dans l'Allemagne du XIXe siècle, d'un culte
de la jeunesse et de l'enfance riche en potentialités contradictoires.
Jeunesse, internationalisme et cosmopolitisme pouvaient y faire bon
ménage ; l'Art Nouveau lui-même s'est appelé Jugendstil (style de la
jeunesse).
Cependant, la diversité restituée du culte de la jeunesse et de l'enfance
ne doit pas faire oublier la dangerosité de certains de ses aspects.
Vitalisme, activisme, décisionnisme «purs», sans connexions morales,
voire sans contenus concrets, se prêtaient à toutes les dérives. Ces
phénomènes sont analysés en détail dans ce volume - et traqués jusque
dans des vecteurs inattendus, diablement efficaces, comme le roman
d'anticipation.
Le présent volume révèle donc un culte de la jeunesse et de l'enfance
aux multiples aspects, tout en livrant des modèles explicatifs cohérents
sur ses origines.