Le XXIe siècle sera-t-il celui du génie génétique et de ses applications ?
En découvrant il y a cinquante ans la structure en double hélice de l'ADN, Watson
et Crick ont aboli la solution de continuité qui séparait de manière étanche le vivant
de l'inanimé. La possible manipulation des organismes vivants a rendu obsolète la
définition aristotélicienne de la nature comme ce qui advient à l'être indépendamment
de notre vouloir. Irrésistiblement s'affirme le rêve de Descartes : «nous rendre maître
et possesseur de la nature». Le génie génétique apparaît dans ces conditions comme
l'une des figures du déploiement de la technoscience, comme l'une des dimensions
prométhéennes du projet humain de repousser en permanence les bornes de l'empire
de l'artifice.
Devenu maître de la biologie moléculaire, l'homme s'affranchit de la reproduction
sexuée et de la multiplication végétative ; corrélativement, ce sont les barrières naturelles
entre variétés, espèces et règnes qui s'effacent. L'entreprise est, certes, techniquement
couronnée de succès, mais la Cité s'agite. Parmi les scientifiques, des voix
discordantes laissent entendre que la mesure du risque n'a pas été prise ; le citoyen,
inquiété par les précédents déboires de l'industrie agroalimentaire, se rangerait volontiers
dans le camp de l'attentisme, si ce n'est celui de l'opposition. Pour assurer la
sécurité des produits et vaincre l'appréhension du consommateur, le législateur national
et communautaire fait feu de tout bois : la réglementation de la recherche, de la
mise sur le marché et des conditions de vente s'étoffe considérablement.
Le présent ouvrage, issu d'un colloque du LESSOR (Rennes), est nourri des regards
croisés portés par des spécialistes des OGM, issus de disciplines diverses (économie,
droit, sociologie, biologie, médecine). Il ne se veut pas pamphlet ou éloge, mais
simplement reflet d'une diversité d'opinions éclairées. Réparties en trois grands
thèmes, les contributions devraient satisfaire le besoin d'information et d'argumentation
manifesté par le citoyen, qu'il soit novice ou connaisseur du sujet.