Tracer des axes, montrer aussi des zones de pénombre : entrepris en 1998, ce projet cherche à éclairer sans trop de schématisme la multiplicité, la variété des écritures aujourd'hui. Le débat de ces années opposait lyrisme et littéralité, en une variante apparente des discussions séculaires entre Anciens et Modernes. Il s'est largement nuancé, mais semble continuer à structurer pour une large part le champ des publications. Reste frappante à ce titre l'abondance des prises de positions théoriques, des déclarations de principe. Elles maintiennent vive la question d'une affinité constitutive entre poésie et théorie, poésie et philosophie, et témoignent d'un état plus général de l'art. Lire la poésie d'une époque implique alors de comprendre les questions qu'elle pose. La première partie de ce livre comporte donc cinq contributions générales qui s'inscrivent dans ces discussions. Des réflexions parfois antagonistes élaborent des définitions, dessinent des situations de la poésie dans sa recherche. Si la poésie produit de la pensée, si cette dernière tient à la poésie - ou la critique -, il s'agit de préciser la teneur et les modalités de leurs rapports.
La multiplicité des poétiques déclarées, les regroupements que celles-ci permettent ou excluent, ne tendent-ils pas cependant à occulter la réalité d'œuvres existant surtout, alors, sur le mode anthologique ? Les passions théoriques n'empêchent-elles pas, pour finir, de trouver assez de temps pour cette opération complexe qu'est la lecture ? Car les idées se communiquent mieux que des œuvres. La seconde partie du livre s'attarde donc au contraire sur le détail des textes, sur les écritures, les dispositifs. Les quatorze articles qu'elle rassemble cherchent à confronter une pensée à une œuvre, et réciproquement. A chaque fois, ils visent notamment à découvrir une poétique à partir d'une pratique de poésie plutôt, si possible, qu'à vérifier une théorie déjà constituée. Ecrire et penser se cherchent.