J'écris pour mon plaisir et, oserais-je l'avouer, pour celui de la lectrice et du lecteur qui me feraient l'amitié de s'intéresser aux divagations extravagantes - et sages- d'un homme qui se considère comme le plus attachant du globe. Je l'avoue d'emblée : je me tiens pour plus aimable que tous les présidents du monde, que tous les ouvriers du monde, que tous les littérateurs du monde, et même que monsieur Valéry, dont j'aime le vers : "Ô pour moi seul, à moi seul, en moi-même "... et même que monsieur Sartre, qui est pourtant un bien grand homme. Que nul ne croie lire des mémoires, encore que ce récit présente de commun avec ce genre de relation d'être truffé de mensonges éhontés. Si j'avais écrit des mémoires, pas une lectrice, pas un lecteur, pas une, pas un qui ne se fût épouvanté ! Doux récit que celui-ci. J'aime la douceur. J'aime être doux et qu'on le soit. On appellera donc ce récit comme on veut, sauf mémoires. Je hais les mémoires à la fureur. Pas mémoires donc, ni posthumes, ni anthumes. Comme l'a souligné, à juste titre,le docteur Antoine Deshouillères dans une récente communication à l'Académie de Médecine (Anthumie/posthumie dans la problématique de l'errance,p.37),je suis "un cas prodigieux". ------- Gaston Compère, né en 'Wallonie en 1929 et décédé le 14 juillet 2008 à Uccle, docteur en philosophie et lettres, était un des grands écrivains d'expression française. Il a reçu en 1989 le Grand prix de Littérature de la francophonie. Outre ses romans (notamment chez Belfond), il a publié une biographie très remarquée de Maurice Maeterlinck (La Manufacture, 1989) et de nombreuses pièces de théâtre. Il fût aussi poète et traducteur (Le Livre d'Heures de R. M. Rilke, Le Cri, 1989).