L'entrée en scène, en 1977, du concept d'«autofiction»
vient brouiller les critères génériques, alors récemment
définis et formalisés par Philippe Lejeune dans Le Pacte
autobiographique (1975). Ainsi, à peine établie de
manière sûre, la notion d'autobiographie se trouve bousculée,
transgressée : trouble dans le genre...
De quelle manière le croisement autofictionnel, issu d'injonctions
antinomiques et théoriquement inconciliables,
est-il «fabriqué» ? Quels dispositifs textuels et processus
d'imbrication le gouvernent ? Quels protocoles, quelles
postures de lecture suppose un discours sur soi qui se veut
hybride, double, ambigu ou indécidable ? Comment le
référentiel se métamorphose-t-il en fiction, brouillant les
frontières entre instance personnelle et discours romanesque
? Enfin, dans quelle mesure l'analyse génétique
permet-elle de cerner, à travers la singularité des
démarches, les mécanismes de ces interférences et interactions
? De saisir, au coeur du processus scriptural, la
dialectique combinant indices fictionnels et référentiels ?
C'est à ces multiples questions que tente de répondre cet
ouvrage, espérant contribuer à l'intelligibilité du vaste
champ des écritures de soi.