«Ce sont mes films qui me sauvèrent. Mes films et la culture, cette somme
d'idées et d'expériences sociales vécues dans ma jeunesse. Je persiste à
croire que la révolution se fera, que c'est la démocratie elle-même qui suggère
ce genre de mutation. La démocratie n'existe pas quand les institutions
n'évoluent plus. Couplée au développement de la pensée et de la réflexion
critique, elle suppose des transformations profondes initiées et acceptées
par la collectivité. Si celles-ci ne se font pas, ce sera le choc révolutionnaire.
La révolution en faveur de l'émancipation et de la justice vaut mieux que la
contre-révolution, celle du fascisme, née de l'abattement et de la désolation
d'une partie de la population qui accuse la démocratie d'être la cause de
son désarroi. Je pense que la découverte de nouvelles utopies mène à une
nouvelle vision de la société.»
Les Mémoires ont toujours des failles, parfois elles peuvent être injustes. Celles
d'André Dartevelle ne font pas exception mais le document qu'il nous laisse est
exceptionnel. Pour la compréhension de l'homme et de l'oeuvre évidemment
mais aussi sur la signification profonde du cinéma documentaire qu'incarnait ce
«cinéaste résistant». Il nous rappelle aussi ce que pouvait produire une télévision
de service public dont les exigences culturelles et citoyennes étaient alors à la
hauteur du respect de son public. L'homme se livre, le cinéaste se (re) découvre,
l'intellectuel nous interpelle. Ses questions sont plus que jamais les nôtres.
(Extrait de la préface de Hugues Le Paige)